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Invité de Jean-Jacques Bourdin, François Bayrou a livré une analyse sans concession sur la situation du pays, la crise que traverse l'UMP et les résultats des européennes.


Jean-Jacques Bourdin - Faisons le point sur l’UMP, hier soir Jean-François Copé au 20h a dit avoir été trompé par certains de ses collaborateurs. Franchement, vous le croyez ?
François Bayrou - Je ne sais pas ce qu’il se passe dans les autres partis. La seule chose dont je suis sûr c’est que chez nous, pendant les campagnes électorales, en 2007 comme en 2012, je vérifiais deux fois par semaine si nous étions dans les clous des dépenses. Il n’est pas possible que la démocratie fonctionne si les citoyens n’ont pas la certitude que les règles sont respectées par ceux qui sont censés les défendre. Quand les gens à la tête de l’Etat, majorité comme opposition, sont soupçonnés de ne pas respecter les règles qu’ils imposent aux autres, le contrat républicain disparaît de fait. Vous comprenez pourquoi j’ai mis la moralisation de la vie publique au centre de mon action politique.


JJ B - Je vous repose la question, est-ce que vous croyez Jean-François Copé ?
FB - Vu le nombre de responsables politiques qui depuis des années disent qu’ils ne sont au courant de rien, j’ai fini par avoir quelques doutes. La responsabilité de ceux qui dirigent un mouvement politique est de s’assurer que les règles soient respectées.


JJ B - La responsabilité de Nicolas Sarkozy est-elle engagée ?
FB - Je ne sais pas, certains le disent. Jérôme Lavrilleux, le directeur de cabinet de Jean-François Copé, est venu chez vous sur BFM TV et paraissait très bouleversé. Il a dit deux choses que je conteste formellement. Il a commencé par dire qu’on ne pouvait pas faire de campagne électorale avec 22 millions d’euros. Je peux vous garantir, moi qui en ai fait plusieurs avec six millions et qui ai failli l’emporter, que ces budgets sont largement suffisants et qu’on dépense trop d’argent dans la politique. On jette de l’argent par les fenêtres dans les grands partis à force de vouloir organiser d’immenses meetings avec des milliers de personnes. On peut s’en sortir avec beaucoup moins d’argent que cela.
Il a poursuivi en disant : « tout le monde triche ». Ce n’est pas vrai. Il existe des partis politiques honnêtes, j’en suis certain. En tout cas, un parti honnête a mené des campagnes honnêtes, c’est celles que j’ai menées en 2007 et en 2012.


JJ B - Nicolas Sarkozy était le patron de cette campagne tout de même. Sa responsabilité est-elle engagée selon vous ?
FB - Cela dépend si oui ou non il y a eu des financements occultes. Je ne sais pas si ce qui est dit à propos de la campagne de Nicolas Sarkozy est vrai ou pas. Comment le saurais-je ? On déclare 22 millions et on en dépense 32. Rendez-vous compte, 10 millions d’euros qui passent à la trappe dans des doubles comptabilités.


JJ B - Ou peut être même dans les caisses de Bygmalion…
FB - Dans les caisses de ces officines, dont les juges ont maintenant la comptabilité entre les mains !


JJ B - Vous pensez que ça peut faire mal ?
FB - Il me semble en tout cas qu’il y a quelques vagues qui sont en train de se former. Ceux qui nous écoutent ce matin, quand il leur manque une mensualité d’impôts, on les poursuit pour les obliger à payer, on leur coupe les allocations familiales, on vend leur maison… Et pendant ce temps là, au sommet de l’Etat, il y a des organismes qui considèrent qu’on peut contourner la loi impunément. C’est une des principales questions françaises aujourd’hui et pas uniquement pour les extrêmes, c’est une question pour les républicains. C’est une question pour tout responsable républicain modéré qui tente de reconstruire et non de détruire. Si ces partis ont manqué à leurs promesses et à leurs engagements, ils doivent être punis et contraints par les citoyens à changer de fonctionnement.
Plus globalement, on assiste à une véritable décomposition du paysage politique français. Cette situation donne des voix aux extrêmes mais ce n’est pas le sujet. Nous savons que les solutions pour notre pays ne viennent pas des extrêmes. Les solutions, elles, viennent de responsables politiques solides qui disent qu’à partir de maintenant on va reconstruire. Cela ne peut pas durer comme ça ! Depuis longtemps je dis qu’au moment où on décidera de tout reconstruire il faudra faire appel au peuple. Lui seul obligera les privilégiés à renoncer à leurs privilèges !
Les institutions que nous avons sont en décalage total par rapport à la réalité. Il y a 600 députés, 350 sénateurs, c’est quatre à cinq fois plus que pour un pays de la taille des Etats-Unis. Pour montrer l’exemple, commencer par diviser par deux le nombre de parlementaires est nécessaire. De plus, nous devons régler la question honteuse du mode de financement des partis politiques. Des systèmes ont été mis en place pour contourner la loi, on le voit tous les jours à travers l’existence de micro-partis. On fait en sorte d’avoir une loi électorale juste. On introduit une dose de proportionnelle pour que tout le monde soit représenté.

JJ B - Le Front National doit être mieux représenté à l’Assemblée Nationale ?
FB - Mais bien sûr ! Le PS et l’UMP, qui en principe disposent de tous les pouvoirs, à eux deux ils ont 95 % des sièges de la représentation nationale. Dans le même temps, ils n’arrivent pas à dépasser les 35 % aux élections européennes. Ne trouvez-vous pas qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond ? Je ne fais pas de la politique pour initiés, je dis juste que les citoyens ont le droit d’être représentés.

JJ B - Avant la fin du quinquennat de François Hollande, faut-il dissoudre l’Assemblée ? Ou bien continuer sur le rythme institutionnel qui est le nôtre ?
FB - Vous voyez bien qu’on s’enfonce de jour en jour. L’intervention de François Hollande était calamiteuse. Parler pour ne rien dire avec des mots épuisés, cette manière de ne pas s’avoir s’adresser de manière simple à ses concitoyens pour leur montrer qu’on les conduit, qu’on a un projet, un plan et qu’on sait où on va, tout cela est calamiteux.

JJ B - Doit-il dissoudre l’Assemblée nationale ?
FB - Il doit accepter les dérives actuelles du monde politique. On ne pas durer trois ans dans la situation dans laquelle on se trouve. Il doit accepter de remettre droit, de remettre d’équerre les règles qui font que le monde politique dont il a la responsabilité est dans une dérive perpétuelle.

JJ B - Il ira au bout de son mandat ?
FB - Je vais dire quelque chose qui est imprudent. On ne peut pas durer trois ans dans la situation où on se trouve.

JJ B - Alors il ne peut pas durer trois ans avec cette méfiance des Français ?
FB - Pire que cela. Une dévaluation de l’image et de la force du sérieux du pouvoir. Moi, je crois que l’on ne peut pas durer trois ans. Alors je ne sais pas ce qui va se passer. Vous savez quand l’orage arrive, vous sentez l’électricité dans l’air... Et c’est une réalité physique, la différence de potentiel augmente entre les nuages et le sol. Il n’y a qu’une certitude, c’est qu’il va y avoir un coup de foudre, mais vous ne savez pas où ! Quelques fois c’est sur un clocher, quelques fois c’est sur un brin d’herbe !

JJ B - Donc avant trois ans, il y aura un coup de foudre ?
FB - Le système politique français ne peut pas supporter pendant trois ans d’avoir aux responsabilités des hommes et des mouvements politiques qui n’ont plus aucune confiance de la part du peuple. Et donc il est de la responsabilité de ceux qui depuis longtemps ont averti, ont décrit ce qui allait se passer, ont proposé un chemin différent de faire avancer devant le pays un projet de reconstruction.

JJ B - Donc, vous pensez à vous ?
FB - Je ne parle pas seulement de moi.

JJ B - François Bayrou, ne me dites pas non.
FB - Je ne suis pas le seul, j’ai un mouvement politique autour de moi. Il y a un centre en France qui doit être un centre de reconstruction.

JJ B - Justement le centre ! On fait appel au centre ! J’ai entendu par exemple Alain Juppé dire « il faut une alliance » ou « un rapprochement » avec le centre ! Et il pensait à vous puisqu’il est venu vous soutenir à Pau…
FB - Parce que nous sommes amis et que j’ai de l’estime pour lui.

JJ B - Est-ce que c’est l’homme fort aujourd’hui à l’UMP ?
FB - Je pense qu’il a sur les épaules une responsabilité, comme François Fillon a une responsabilité.

JJ B - Mais est-ce qu’on doit recommencer avec l’idée d’un « parti unique de la droite et du centre » qui organise la confusion entre des courants politiques qui en réalité sont différents ?
FB - Je m’y suis opposé en 2002 et je n’y suis toujours pas favorable aujourd’hui.

JJ B - Vous êtes favorable à un rapprochement ?
FB - Je suis favorable à ce qu’il y ait une droite qui soit à droite et un centre qui soit au centre. Qu’il y ait des ententes quand le moment arrive, par exemple pour une présidentielle, qu’il y ait des dialogues, qu’il y ait un travail sur le fond entre des mouvements politiques organisés ou réorganisés. Après tout on peut imaginer qu’il y ait des constructions à partir d’éléments qui aujourd’hui sont séparés. Ce que je sais c’est qu’il faut un centre assuré de lui-même et une droite assurée d’elle-même. Cela peut-être l’UMP et le centre ou cela peut-être une construction politique nouvelle, je ne sais pas exactement. Je sais que la France a besoin de gens qui soient clairs sur leur ligne, des gens qui ne soient pas dans la confusion.

JJ B - Je vais être très direct. Pour vous à droite – je ne parle pas du centre – Alain Juppé est celui qui vous paraît aujourd’hui être en situation ?
FB - Je pense qu’il a aujourd’hui une responsabilité particulière.

JJ B - Est-ce que le retour de Nicolas Sarkozy est plombé par ce qu’il se passe ?
FB - Vous faites dans votre question comme si cela était prouvé. S’il arrivait que tout ce qu’on raconte, tout que les gens découvrent avec effarement sur leur écran soit approuvé, alors là évidemment c’est une difficulté ou une complexité pour ne pas dire plus. Mais moi je ne sais pas exactement ce qui s’est passé. Qu’on ait dans le principal parti de l’opposition en France, qui était hier le parti du pouvoir, 18 millions de fausses factures et l’on se bornerait à confesser que c’est la faute de collaborateurs qui n’ont pas été contrôlés ? Evidemment, cela ne se passera pas de cette manière-là. Que la vie politique française soit organisée autour de dérives de cet ordre – parce qu’il y en a peut-être d’autres – et bien c’est purement et simplement inacceptable. Nous avons un devoir de remettre les choses d’équerre !

JJ B - D’ailleurs Jérôme Lavrilleux parlait du PS, non ? Il disait qu’il faudrait regarder les comptes du PS ?
FB - Oui, il a donné des éléments troublants ! Mais j’imagine qu’il y a des gens en France qui ont des moyens juridiques de vérifier toutes ces choses-là ! Je ne veux pas parler comme responsable politique, je veux parler comme citoyen français qui ne peut pas supporter l’idée que ça dure ! Or, c’est très facile d’avancer les règles – je vous en ai proposé quelques-unes – c’est très facile de remettre les choses au carré, il suffit de le vouloir ! Ca ne coûte pas un centime et ça en fait économiser ! Et ça permettra de reconstruire le pays parce qu’après ça permet d’avoir un vrai projet et une vraie confiance des citoyens.

JJ B - François Bayrou, les européennes : la réunion hier soir à Bruxelles, François Hollande est arrivé affaibli ! L’image de la France est affaiblie aujourd’hui ! Affaiblie peut-être par le vote de dimanche, mais affaiblie aussi par François Hollande lui-même.
FB - L’image de la France est affaiblie en particulier parce que ceux qui en ont la responsabilité ne tiennent plus rien.Est-ce que vous comprenez le discours du Président ? Quel est le discours de François Hollande ? Est-ce que c’est le discours qu’il tient en France « il faut un peu desserrer l’austérité » ou est-ce que c’est le discours qu’il tient en Europe en suivant Mme Merkel ?

Moi, ça me fait rire jaune cette question de l’austérité. La question n’est pas que nous aurions le choix entre plusieurs politiques, mais la question est précisément celle-ci : si nous voulons obtenir un retour à l’équilibre de notre pays, comme une famille qui ne dépense pas plus que ce qu’elle gagne ou une entreprise qui essaie de gagner de l’argent et d’en mettre de côté pour les mauvais jours ; alors il faut reconstruite l’Etat, la Sécurité sociale, les collectivités locales et la société française dans laquelle beaucoup de gens ont l’impression par exemple que le travail est moins payé que le non-travail ; que l’engagement dans la société n’est pas reconnu par le travail, par le mérite… Tout ça, il faut le remettre d’aplomb ! Est-ce qu’on est en train de le faire ? Non ! On a des propositions tellement compliquées que personne n’y comprend rien. Il y a des accords sociaux entre syndicats et MEDEF ou responsables d’entreprise qui sont des accords certainement sympathiques mais personne n’y comprend rien. Il n’y a pas là la force des constructeurs et des re constructeurs qui devraient dire « voilà les piliers de la maison ! »

JJ B - Ca veut dire quoi ? Que la France n’est plus dirigée ?
FB - Oui, ça veut dire que depuis 15 ans les décisions ne sont pas prises sans doute parce qu’elles ne sont pas pensées. Le problème de la vie publique en France c’est que les idées novatrices, refondatrices en sont devenues absentes. Pourquoi ? Parce qu’il y a deux grands partis qui savent qu’ils n’ont plus besoin de réfléchir puisque de toute façon ils auront le pouvoir la prochaine fois : le balancier de l’alternance, un coup c’est les uns, un coup c’est les autres. Donc on ne réfléchit plus. Qu’est-ce qui est frappant dans la situation actuelle ? Le PS, il est arrivé au pouvoir mais il n’était pas prêt ! Il n’avait pas travaillé comme il fallait ! Et l’UMP, elle n’a pas fait pendant 10 ans les réformes qu’il fallait !
Donc il faut premièrement, des règles d’honnêteté et deuxièmement, un projet qui tienne la route. Avec ça, on reconstruira le pays. Parce que ce n’est pas un pays qui va se livrer à n’importe quelle aventure, il tire la sonnette d’alarme chaque fois, et c’est aux responsables politiques de l’entendre.

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